Comment lutter contre les discriminations?

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Discours prononcé le 22 mai 2018 au Palais de l’Elysée

Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs,

Je tiens tout d’abord à remercier le Président de me donner la parole sur une question aussi primordiale que la lutte contre les discriminations, et de me permettre de présenter, à cette occasion, la politique que mène la ville de Bordeaux.

Bordeaux a parfois l’image d’une ville riche. Pourtant, 17 % de ses habitants vivent au-dessous du seuil de pauvreté, et il y a 6 quartiers politique de la ville.

La lutte contre les discriminations est une priorité absolue pour notre maire Alain Juppé, qui a nommé en 2014 un adjoint entièrement dédié à cette question. Depuis cette date, notre démarche s’est déroulée en trois étapes.

D’abord, évaluer les discriminations ressenties par la population grâce à un Observatoire, composé de chercheurs, qui a réalisé plusieurs études. C’est parce que l’on mesure que l’on prend conscience, et que cette question devient une question politique.

Nous avons débuté par une évaluation globale des discriminations ressenties, qui a mis en évidence des difficultés en matière d’accès à l’emploi, au logement, et aux services publics, en particulier dans les relations avec la police. A noter également la question du harcèlement des femmes dans l’espace publique qui est ressorti de manière flagrante.

A partir de ces résultats, nous avons organisé les Etats généraux de l’égalité et de la laïcité, qui nous ont permis de mobiliser plus de 800 personnes, chercheurs, agents de la ville et de la métropole, responsables associatifs et simples citoyens, pour co-construire un plan de lutte contre les discriminations.

Composé de 69 actions, ce plan de lutte a été adopté par le Conseil municipal en juin 2017. Tout l’enjeu de ce plan a été d’inscrire la lutte contre les discriminations dans chaque politique publique de la ville, dans chacune de ses actions, de l’accueil en mairie à l’attribution des logements.

Il ne s’agit pas de faire une politique à part, qui aurait un impact nécessairement limité, mais de faire en sorte que cette démarche soit transversale. Cela ne nécessite pas un budget considérable, mais une forte mobilisation.

Enfin la 3ème étape, c’est l’évaluation du plan de lutte. Moins d’un an après le vote de ce plan, 18 actions ont été réalisées et 33 sont engagées, soit un taux de réalisation globale de 55%, ce qui est extrêmement positif.

Je ne citerai pas les 69 actions du plan de lutte mais seulement trois exemples pour l’illustrer. En matière de police municipale tout d’abord, différentes actions sont prévues, mais l’une d’elle a tout de suite porté ses fruits : la formation de tous les policiers municipaux. Depuis celle-ci, je ne reçois plus aucune plainte quant à des propos ou des comportements perçus comme discriminatoires.

Autre exemple, les emplois saisonniers municipaux, qui étaient jusqu’à présent réservés aux enfants des agents, comme dans beaucoup d’autres collectivités. Or comme vous le savez, ces contrats saisonniers sont souvent le premier pas dans le monde du travail. Désormais, 70% des recrutements doivent passer par les missions locales.

Enfin, je citerai l’engagement dans la démarche de labellisation par l’AFNOR pour les labels diversité et égalité professionnelle, afin que la mairie, mais également la Métropole, et le CCAS, soient absolument exemplaires, comme employeurs, et comme prestataires d’un service public. Cette démarche d’exemplarité est même élargie aux entreprises qui candidatent aux marchés publics au travers d’une « clause diversité » sur le modèle des clauses d’insertion.

Pour parvenir à ces résultats, il n’y a pas de recette magique, il y a une méthode que je viens de présenter, avec deux conditions pour réussir.

La première, c’est le travail en réseau pour nourrir la réflexion. Bordeaux participe à plusieurs réseaux comme celui des élus locaux contre les discriminations avec Rennes et Strasbourg par exemple, ou encore au Forum européen pour la sécurité urbaine dans le cadre duquel par exemple nous co-pilotons avec la ville de Vienne en Autriche un groupe de travail sur les violences discriminatoires.

La seconde condition pour réussir, c’est la parole et l’engagement politique, essentiels dans ce domaine hautement symbolique. Un engagement se doit d’être que bienveillant, et inclusif, afin que chacune et chacun, quelle que soit son origine, son genre, son orientation sexuelle, son handicap ou ses convictions y compris religieuses, sente qu’il a sa place au sein de notre République. Je tiens à saluer le fait que vous n’avez jamais dérogé, Monsieur le Président, à ces principes humanistes.

Malheureusement, il y a d’autres discours qui ont tendance à exclure certains de nos compatriotes en raison de leurs convictions.

Ne soyons pas naïfs, il existe un fondamentalisme dangereux et une radicalisation mortifère, en contradiction totale avec nos valeurs républicaines, qu’il faut combattre de toutes nos forces. Nous nous y employons à Bordeaux avec le CAPRI, le premier centre de lutte contre radicalisation en France, que j’ai l’honneur d’avoir co-fondé il y a 3 ans.

Mais ce juste combat contre l’obscurantisme ne doit pas nous faire oublier que la laïcité, comme vous l’avez souligné à de multiples reprises, Monsieur le Président, c’est avant tout la liberté de conscience, c’est à dire la liberté de croire ou de ne pas croire, et lorsque l’on est croyant, la liberté d’exprimer ses convictions religieuses, dans les limites de la loi.

Le discours politique a un effet en tant que tel, un effet performatif. Il convient donc de choisir méticuleusement chaque mot, et d’en mesurer les effets.

On ne peut pas lutter contre les discriminations si l’on n’applique pas pleinement le principe de laïcité tel qu’il a été pensé par le législateur de 1905, c’est à dire comme le respect de la diversité des convictions.

On ne peut pas lutter contre les discriminations en stigmatisant une partie de nos compatriotes en raison de leurs convictions.

Respecter chacune et chacun, quelque soit ses convictions, constitue la seule voix qui nous permettra de vivre unis dans la diversité. Je vous remercie.

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