Notre système de santé est-il à bout de souffle ?

Au 1er janvier 2007, la France comptait 208000 médecins actifs. Il s’agit là d’un maximum historique (1). Pourtant, environ 2 millions de personnes vivent dans des zones de désertification médicale (campagnes mais également les quartiers dits « sensibles »). Pourquoi un tel décalage?

  • Le vieillissement de la population et les progrès thérapeutiques ont entrainé le passage d’une médecine curative à une médecine de suivi des maladies chroniques, ce qui augmente considérablement la demande de soins.
  • Une évolution sociétale qui attire les professionnels de santé dans les grands centres urbains, afin de bénéficier d’un exercice regroupé, d’une gestion de la permanence des soins facilitées, d’écoles pour les enfants et de travail pour le conjoint.
  • La féminisation des professions de santé : les femmes médecins étaient 14% en 1070, contre 39% en 2008, et en Gironde, elles représentent 30% des kinésithérapeutes libéraux. Les femmes souhaitant concilier vie familiale et professionnelle et travaille donc souvent à temps partiel.
  • Même si le numérus clausus a fortement été relevé depuis plusieurs années, la DREES  (1) estime que le nombre de médecins devrait baisser de 10% dans les 10 ans, et la densité médicale devrait fortement chuter. Chez les kinésithérapeutes, la faiblesse du numérus clausus est compensée par une arrivée massive de diplômés communautaires, avec la bienveillance de l’Etat Français.
  • Moins d’un jeune médecin diplômé sur 10 choisit  l’exercice libéral, selon le CNOM (2), les autres préférant l’exercice salarié, (médecins coordonnateurs d’HAD, EHPAD, industrie pharmaceutique…).

Parallèlement, 15.4% de la population déclarait en 2008 avoir rénoncé à des soins médicaux pour des raisons financières (3), 28 % a renoncé à consulter un spécialiste en raison de son éloignement géographique, et 58 % regrette de ne pas réussir à entrer en contact avec un généraliste le soir et le week-end (4). Force est de constater que notre système de santé est en train de s’effondrer.

Quelles solutions ?

Les mesures incitatives déjà en place, notamment fiscales, ne sont pas efficaces à elles seules. Il convient d’utiliser d’autres leviers pour obtenir un résultat significatif. Par exemple, un travail reste à faire pour faciliter l’exercice des libéraux. Pourra-t-on en effet rester longtemps avec deux poids deux mesures : les médecins d’un côté, qui peuvent pratiquer les dépassements d’honoraires (secteurs 2 et optionnel), et s’installer où ils veulent, et de l’autre les paramédicaux, dont les kinésithérapeutes, qui sont définitivement bloqués dans leur tarifs, et qui en plus ne peuvent désormais plus s’installer où ils le souhaitent ? Sans compter les référentiels « de bonne pratique » qui ne font qu’alourdir la charge administrative, sans avoir fait preuve de leur « efficience » ?

En outre, les jeunes médecins étant demandeurs d’un exercice regroupé, la solution envisagée a été de  créer des maisons de santé plurisciplinaires ou MSP, intégrant des protocoles de prise en charge et d’hygiène, un système d’information commun, et des fonctions supports mutualisées (secrétariat…). Ces maisons étant moins attractives que prévues, la loi HPST a crée les « pôles de santé » qui permettent à des PS d’une même zone de travailler entre eux, voir même avec un hôpital. Ces pôles sont des MSP sans « maison », mais avec toutes les contraintes de celles-ci. Il faudra juger cette initiative en fonction de ses résultats, mais il est bien dommage cependant que l’Etat n’aille pas au bout de sa réflexion et préfère privilégier l’empilement de loi et de mesures administratives comme preuve de son activisme. En effet, il ya un moyen simple de rendre ces maisons attractives: le salariat ! Avec peut-être, une partie du salaire versé sous forme de prime en fonction de l’activité, dans un but motivationnel.

Mais si les MSP, avec notamment des PS salariés, peuvent améliorer la situation, cela ne saurait constituer la panacée. D’autres mesures sont à envisager, parmi lesquels la délégation de tâches et de compétences. Il s’agit de permettre aux paramédicaux d’effectuer certains actes effectués réalisés auparavant par les médecins, afin d’optimiser leur temps de travail. Ces dispositions sont prévues par l’article 51 de la loi HPST. Malheureusement, au 30 novembre 2011, on ne recensait que 6 protocoles de coopération sanitaire, dont un seul en médecine de ville, ce qui démontre la grande difficulté que les PS rencontrent pour leur mise en place.

Pour sauver notre système de santé, il est donc primordial que les pouvoirs publics aillent donc au bout de leur logique, en respectant le principe d’équité entre les professions.  C’est le seul moyen de garantir à tous, une prise en charge de qualité.

Marik Fetouh

(1)    La démographie médicale à l’horizon 2030 : de nouvelles projections nationales et régionales. Drees, févier 2009.

(2)    Atlas régionaux de démographie 2011. Conseil national de l’Ordre des médecins.

(3)    Questions d’économie de la santé, n°170, novembre 2011. IRDES

(4)    Enquête IFOP-JALMA. Octobre 2011.

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