Tour du monde inter-religieux avec l’association Coexister

 

Le vendredi 1er juillet, les jeunes de l’associations Coexister sont venus à l’hôtel de Ville de Bordeaux pour présenter leur tour du monde inter-religieux. Ci-dessous, les quelques mots prononcés pour les accueillir. 

Mesdames, Messieurs, chers amis de l’association Coexister,

Je suis très heureux de vous accueillir aujourd’hui à l’Hôtel de Ville de Bordeaux, pour la conclusion du tour de France que vous avez organisé afin de relaté votre tour du monde inter-religieux, l’InterfaithTour.

Pendant 8 mois, vous avez été 4 jeunes, un musulman, une juive, une athée et une catholique, à visiter 32 pays et à rencontrer 400 initiatives interreligieuses. Vous êtes ici, ce soir, pour nous parler de cette formidable expérience de rencontre de l’autre.

Il ne faut pas se voiler la face : nous traversons une période difficile. L’islamophobie progresse dangereusement, l’antisémitisme se maintient à un niveau élevé, les actes antichrétiens se multiplient…

La laïcité, principe issu de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, qui porte l’idéal d’égalité de la Révolution et aujourd’hui de notre République, est instrumentalisée, pervertie, pour en faire un outil dirigé contre les religions.

La loi de 1905 est pourtant très claire : son article 1 pose la liberté de croire, et de ne pas croire. Et quand on est croyant, d’exprimer ses convictions religieuses, dans les limites bien entendu de l’ordre public.

Pour parvenir à cette liberté, l’article 2 pose le principe de neutralité de l’Etat, qui ne reconnaît ni ne finance aucun culte.

La laïcité, c’est donc la neutralité de l’Etat, et de la République, comme l’indique la Constitution. Ce n’est pas la neutralité des individus.

Or, on assiste à une tentative de neutraliser les personnes, de leurs enlever tout signe religieux.

Quand Latifa Ibn Ziaten est huée à l’Assemblée Nationale parce qu’elle porte le voile, quand une journaliste est bloquée à l’entrée de l’Hôtel de Ville de Paris pour les mêmes raisons, on n’est plus dans la laïcité : on est dans la discrimination, telle que prohibée par le code pénal.

Certaines personnes, qui portent la laïcité en étendard, comme s’il s’agissait d’une religion, confonde la neutralité de l’Etat et la sécularisation, qui est le détachement progressif et spontané du religieux par la société.

C’est encore plus grave lorsque ce sont des responsables politiques de premier plan. Quel sens cela a de lancer un débat sur l’interdiction du voile à l’université juste, après les attentats ?

Cela laisse penser que le problème, c’est l’islam. Sans que l’on sache s’il s’agit d’une manœuvre dilatoire pour éviter de se remettre en question, où s’ils sont vraiment convaincus qu’une religion peut être la cause de tout cela.

Ces discours de rejet de l’autre, et de haine, ne font qu’alimenter le sentiment de rejet et de ségrégation : ils ne font au final que renforcer le phénomène qu’ils prétendent combattre. Et in fine, renforcent les tensions dans la société, et sa polarisation.

La situation est extrêmement préoccupante : le Directeur Général de la Sécurité Intérieure, Patrick Calvar, déclarait le 10 mai dernier devant la commission de défense de l’Assemblée Nationale, que les services anti-terroristes mettaient des moyens pour suivre l’extrême droite, qui prépare des actions violentes. Il a dit très clairement que s’il y avait encore un ou deux attentats, il y aurait un affrontement entre extrême-droite et musulmans.

Alors, dans ce climat très difficile, il y a cependant des raisons d’espérer. D’abord, parce qu’il y a des endroits en France ou ça ne se passe pas si mal, comme ici à Bordeaux, qui est la ville de l’identité heureuse pour citer Alain Juppé.

Notre maire pense, en effet, que nous sommes tous différents : nous avons des convictions différentes, une orientation sexuelle différente et des origines différentes. Cette diversité existe, et il ne faut pas la nier. Ce qui compte c’est ce qui nous relie. Nos valeurs communes, nos principes communs, en particulier la liberté, l’égalité et la fraternité.

Cette vision permet aujourd’hui, à Bordeaux, d’avoir un climat apaisé entre les communautés, et une politique proactive pour le vivre-ensemble.

« Unis dans la diversité » sera d’ailleurs le thème de notre 3ème Quinzaine de l’égalité, de la diversité et de la citoyenneté, qui sera ouverte le 26 septembre en présence de Latifa Ibn Ziaten.

Autre raison d’espérer : ce que vous faites, vous, les jeunes de Coexister et de l’InterFaith Tour. Vous réalisez un travail admirable de vivre-ensemble et de découverte de l’autre, si précieux dans les temps troublés que nous traversons.

Je veux en particulier rendre hommage au fondateur de Coexister, Samuel Grzyboswki, qui par son dévouement et sa tempérance, a permis, avec l’ensemble des bénévoles qui l’accompagnent, de montrer un autre visage de la laïcité. Un visage inclusif, ou tout le monde se parle, ou tout le monde se respecte.

Il a su tenir le cap, malgré les critiques des tenants d’une laïcité intégrale, et je tiens à le féliciter chaleureusement.

Je salue également l’équipe de Coexister Bordeaux, notamment Pierre et Noëllie, qui ont organisé un rallye des cultes pendant la Quinzaine l’an dernier.

Cette année, nous devrions avoir, pendant la Quinzaine, une nuit, ou une journée de la laïcité et du vivre-ensemble, en lien avec l’Observatoire de la laïcité.

Bravo encore pour tout ce que vous faites, et longue vie à Coexister.

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