Hommage aux soldats des colonies morts pour la France

Discours prononcé le 13 septembre 2014 au Cimetière Bordeaux Nord lors de l’opération « Sauver les noms » organisée par la Fondation du Mémorial pour la traite des noirs.photo-12

Monsieur le représentant du Préfet, Monsieur le Consul général du Sénégal, Madame la conseillère régionale, Monsieur le conseiller général, Mesdames et Messieurs les président(e)s des associations, Mesdames et Messieurs,

C’est pour moi un grand honneur de représenter Alain Juppé et son équipe municipale ce matin. C’est également avec une profonde émotion que je participe, à vos côtés, à cette journée d’hommage aux soldats des colonies enterrés dans les cimetières bordelais.

Cette journée, elle est l’occasion pour la Ville de Bordeaux de rendre hommage à ces soldats qui, il y a 100 ans, ont quitté les colonies pour prendre part à la Grande guerre sur le sol français, et qui n’en sont jamais revenus. A ces tirailleurs du Sénégal, d’Indochine,  de Madagascar, du Maroc, d’Algérie, de Tunisie ou encore du Soudan, qui ont répondu à l’appel de l’engagement et du rassemblement sous les plis du drapeau tricolore. A ces hommes qui, alors qu’ils n’en étaient qu’au commencement de leur jeunesse, se sont sacrifiés sur l’autel du conflit franco-allemand.

500 000 soldats des colonies prirent part à la Grande guerre. Parmi eux, nombreux ont été ceux à transiter par Bordeaux, en raison des liens historiques qui unissaient ce premier port colonial du 18ème siècle avec les possessions d’outre-mer françaises et qui font depuis de la capitale girondine un lieu incontournable de la mémoire de ces soldats.

593 soldats des colonies gisent aujourd’hui dans 3 cimetières bordelais. Des soldats qui sublimèrent de leur engagement, de leur courage, les pages si sombres de ce conflit qui fut sans concessions, celui de la mitraille, de l’horreur, de la douleur et de la mort. Des soldats auxquels il faut ajouter les 183 tirailleurs sénégalais qui ont embarqué sur les quais des Chartrons et ont péri dans le naufrage du paquebot l’Afrique en janvier 1920 au large de la Rochelle.

Grâce au travail remarquable de la Fondation du mémorial de la Traite des Noirs, nous connaissons aujourd’hui les noms de ces soldats qui sont enterrés aux Pins Francs, à la Chartreuse, à Bordeaux Nord ou dans l’Océan. Et je souhaite ici féliciter tout particulièrement son président Karfa DIALLO et saluer l’initiative qu’il a menée en choisissant de publier dans un même lieu la liste de tous ces soldats en provenance des colonies pour en honorer la mémoire.

Ces « frères d’âme », ils s’appelaient Ndiaye Adama Amadou, Germain Rouclan, Randiapatsa, Casala Tinder, Abdeslem Ben Mohamed, Barek Ben Mohamed, Mabrouck Ben Mohamed, Bac Toc…Je n’ai malheureusement pas assez de temps pour citer ici tous les noms. Mais l’important, c’est que l’anonymat soit désormais derrière eux. Une identité retrouvée, pour une dignité restaurée.

Nous leur devions cet hommage tant pour faire vivre leur mémoire que pour permettre à leurs descendants d’être fiers de ces soldats qui, réunis dans la fraternité des tranchées, ont combattu et ont souffert aux côtés de la France.

La mémoire, qui nous rassemble aujourd’hui, témoigne de la volonté de notre ville de ne pas oublier. Elle est indispensable pour notre société : c’est un devoir de vérité. Un devoir qui permet d’enseigner les leçons du passé et de les juger. Un devoir qui est surtout tourné vers l’avenir, essentiel pour fédérer et unir les peuples. Un devoir fondamental envers les jeunes générations qui est parfaitement rempli par les associations et les historiens dont je souhaiterais ici saluer tout particulièrement le travail. Oui, la mémoire est en réalité plus qu’un devoir, elle est un travail qu’il nous revient de mener à bien de façon continue pour la perpétuer et la transmettre.

Mais en ce jour de commémoration, il ne s’agit pas seulement de nous souvenir, d’honorer, d’expliquer. Cet hommage, c’est aussi un appel au respect. Il doit nous pousser à combattre avec la plus grande fermeté toutes les formes de discriminations, de racisme, contraires à l’esprit de notre République et qui sont encore malheureusement bien présentes dans nos sociétés. Il doit nous pousser à combattre, aussi, sans complaisance et sans faiblesse, les expressions terroristes qui ruinent la liberté des peuples.

Aujourd’hui et plus que jamais, nous devons nous montrer solidaires et conscients que la mixité est une richesse et que la diversité de la société française est un atout à valoriser.

Riche de notre passé, la mémoire est importante pour notre présent. Vous l’aurez compris, elle est aussi, je le crois, porteuse d’espoir pour notre avenir.

Je vous remercie.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s