Bordeaux, 1ère ville à poser des plaques dans les rues portant des noms de négriers

Premier port colonial et troisième port négrier entre le 17ème et le 19ème siècle, Bordeaux a engagé un profond travail de mémoire depuis plus de 10 ans, notamment au travers de l’ouverture de salles sur l’esclavage et la traite négrière au Musée d’Aquitaine. Ce travail de mémoire et sa visibilité dans l’espace public a depuis, été fortement renforcé par de nombreuses actions.

Présentation des plaques le 2 décembre 2019

Action phare du plan d’actions sur la mémoire, 5 plaques explicatives ont été installées dans les rues portant le nom de Bordelais de renom qui furent négriers . Une première en France.

Rue (Pierre et Paul) Desse : Pierre Desse (1760-1839), marin bordelais, a été capitaine de quatre expéditions négrières entre 1789 et 1818 et s’est aussi illustré comme capitaine corsaire. Il connut la gloire pour avoir sauvé 92 hommes d’un navire hollandais en perdition (le Colombus). La Chambre de commerce de Bordeaux fait frapper en 1823 une médaille en son honneur. Son neveu Paul (1808-1862) sauva lui aussi 112 hommes d’un navire anglais (le Marquis de Campden) en perdition en mer de Chine ce qui lui valut, semble-t-il, d’être associé à son oncle pour la dénomination de la rue. Plaque 27 rue Desse.

https://www.memoire-esclavage-bordeaux.fr/portraits/pierre-desse

Passage Feger : Il s’agirait des Feger-Latour. Entre 1742 et 1783, ils ont expédié 6 navires pour la traite sur 121 armements coloniaux. C’est dans les années 1770 que des Feger-Latour sont associés aux diverses facettes du négoce transatlantique et caribéen dont la traite des Noirs. Les membres de la famille font partie des notables de la ville et sont membres de la Chambre de commerce de Guyenne. Plaque 13 passage Feger.

https://www.memoire-esclavage-bordeaux.fr/portraits/etienne-feger-latour

Rue David Gradis (1665-1751) : La firme David Gradis et Cie a armé 221 navires pour les colonies de 1718 à 1789 dont 10 pour la traite des Noirs. La firme gérée par la même famille depuis l’origine se maintint jusqu’au XXe siècle. En 1724, David Gradis acheta près du cours de la Marne un terrain qui devint le premier cimetière juif de Bordeaux. C’est à ce titre et parce que ses descendants furent aussi des notables bordelais que son nom a été donné à cette rue. Plaque 2 rue David Gradis.

https://www.memoire-esclavage-bordeaux.fr/portraits/david-gradis

Rue Gramont : Jacques-Barthélemy Gramont (1746-1816) a financé 3 expéditions de traite : une en 1783 et deux autres en 1803. Il devient consul de la Bourse de Bordeaux en 1784. Il est conseiller général de Gironde entre 1800 et 1807, président de la Chambre de commerce de Bordeaux de 1806 à 1809. Il est nommé adjoint au maire de Bordeaux en 1806 puis maire pendant les Cent Jours le 2 mai 1815. Il est l’un des cinq négociants qui font partie de la commission de neuf membres qui représente Bordeaux auprès de Napoléon Bonaparte lors du débat sur le rétablissement de la traite des Noirs en 1801-1802 dont le rapport plaide en faveur de la « liberté de commerce » et donc de la traite. Plaque 1 rue Gramont.

https://www.memoire-esclavage-bordeaux.fr/portraits/jacques-barthelemy-gramont

Place Mareilhac : Jean-Baptiste Mareilhac (1756-1838) a été maire de Bordeaux en 1796 et conseiller général de 1800 à 1807. Ce riche armateur était membre de la Chambre de Commerce et délégué du Conseil de commerce de Bordeaux. Mareilhac a investi dans le système de production et d’échanges transatlantique. Il est désigné comme l’un des neuf délégués du Conseil du commerce de Bordeaux devant rédiger un rapport en réponse à l’enquête lancée par le gouvernement à propos du devenir de la loi contre l’esclavage en 1801-1802. Il s’associe le 15 février 1802 à ses conclusions favorables à son rétablissement outre-mer. Il aurait organisé une expédition négrière en 1792. Plaque 16 place Mareilhac.

https://www.memoire-esclavage-bordeaux.fr/portraits/jean-baptiste-mareilhac

Une sixième plaque concernant le cours Journu-Auber avait été dévoilée le 2 décembre dernier à l’occasion de la Journée internationale pour l’abolition de l’esclavage. A la suite de cette cérémonie, la famille Journu est revenu vers la municipalité pour indiquer, archives familiales à l’appui,  que la personne honorée au travers de cette rue,  Bernard Journu, était abolitionniste et membre de la Société des amis des Noirs. Ce sont en fait Bernard 1 et Bonaventure Journu,  l’oncle et le père de Bernard, et qui ont  participé à la traite négrière. La plaque a donc été retirée.

Après l’inauguration en 2019 du buste de Modeste Testas, du Jardin de la mémoire, du site internet de la Ville http://www.memoire-esclavage-bordeaux.fr et la transformation du square Toussaint Louverture en espace de mémoire à ciel ouvert, la pose des plaques vient finaliser la mise en oeuvre du plan d’actions proposé par la commission mémoire à Alain Juppé en 2018. Un grand merci aux membres de la commission qui n’ont pas ménagé leurs efforts, aux services de la Ville pour leur réactivité, aux plus de 1000 bordelaises et bordelais qui ont pris le temps de répondre à notre enquête en ligne et aux 42 autres qui ont accepté d’être auditionnés par la commission. Le travail de mémoire est essentiel pour préserver notre cohésion nationale et notre pacte républicain. Il est long et difficile, et doit se faire avec rigueur scientifique. Il n’est en outre jamais terminé, et il reste encore beaucoup à faire.

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