Soyons fier.e.s !

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Discours prononcé au nom des associations LGBT+ de Bordeaux par Marie Erramouspe, présidente du Girofard, et Azur Roques, président de Trans 3.0, le dimanche 17 mai 2020 lors de la cérémonie organisée à l’occasion de la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie IDAHOT.

La journée mondiale de lutte contre les LGBTIphobies est une date importante. Cette année encore plus, car la crise sanitaire a accéléré à travers le monde les inégalités et les discriminations.

Nous le savons, les personnes LGBTI+ subissent plus souvent les discriminations, la solitude, ceci favorisant les addictions et la solitude. La période d’isolement et de stress que nous avons vécue et que nous continuons à vivre aggrave ainsi ces difficultés.

La France entière a pu constater une hausse des violences intra-familiales. Comme toujours, ces dernières touchent quasi exclusivement les minorités ; les femmes, les médias en ont parlé, mais elles touchent aussi les personnes LGBTI+. En effet, de nombreux jeunes et moins jeunes se sont retrouvés enfermés avec leur famille, et parfois ces derniers se sont transformés en agresseurs. D’autres fois ces personnes ont tout simplement été mises à la rue, les exposant encore plus au virus et aux agressions.

Pour illustrer ces propos, il faut savoir que le Refuge Aquitaine a reçu 30 % d’appel supplémentaires  sur sa ligne d’urgence

Au niveau national pendant le confinement, 40 jeunes de plus ont dû être pris en charge le soir même de leur appel, en hôtel ou AirBnB, ce qui représente 819 nuitées, avec, évidemment, nourriture, suivis par téléphone, parfois même dans des villes où il n’y a pas de délégation du Refuge.

Une équipe de 90 bénévoles appelait tous les jours les 314 jeunes suivis par le Refuge et organisait la distribution alimentaire auprès des jeunes hébergés et accompagnés.

Ces agressions en période de confinement ne sont qu’un prolongement de celles que nous connaissions déjà, Pour rappel en France, en 2019 : Vanessa Campos et Jessyca Sarmiento, tuées à Paris au Bois de Boulogne, Vanessa à coup de fusil, Jessyca fauchée par une voiture,

Et certaines agressions, moins dramatique,, comme par exemple celle de Julia Boyer place de la République à Paris, qui n’a “que” été frappées et insultées.

Bordeaux non plus n’a pas été épargné en 2019. En février avec l’agressions de trois personnes à la sortie du bar le Buster et  en décembre l’agression d’une personnes trans à la sortie d’une boîte.  Et cela continue en 2020, par l’agression d’une jeune femme cours du Chapeau Rouge.

« Les stéréotypes de genre hiérarchisent et limitent les corps, les désirs, les attitudes,… Cet état de fait est fondamentalement sexiste et ses codes grossiers motivent les agressions et discriminations. Nous refusons qu’une coupe de cheveux, une tenue vestimentaire, des gestes suffisent à classer comme LGBTI et à être agressé.e. »

Nous voudrions donc rendre hommage et adresser notre soutien à toutes les personnes LGBTI+ victimes de discriminations et d’agressions qu’elles soient physiques, verbales ou virtuelles à travers le monde.

Cette crise sanitaire a aussi d’autres répercussions, comme le gel de tous les projets de PMA, de GPA, d’adoption, pour de nombreuses familles. Pour beaucoup, cela retarde des projets et cela rajoute un stress important dans des projets longs et anxiogènes.

Ne pas oublier non plus les parents sociaux, non considérés par la loi française, qui se retrouvent sans droit pour leurs enfants. Cette situation, que l’on sait déjà compliquée en temps normal, est accentuée par la crise pour tout ce qui concerne les questions de garde d’enfants, de maladie etc.

La période que nous vivons actuellement ne doit pas nous empêcher de rester attentifs à ce qu’il se passe en Europe. Pour rappel 12 pays condamnent encore par la peine de mort le fait d’être une personne LGBTI+.

Avec le confinement, certains gouvernements européens essayent de faire passer des lois ou des mesures –

En Angleterre, la Ministre des Droits des Femmes et de l’Égalité, Liz Truss, veut faire passer une loi pour interdire tous types de transition chez les personnes mineures et interdire les bloqueurs d’hormones, utilisés dans le pays, contrairement à la France, mettant en danger la jeunesse trans et lui refusant un droit aux services de santé adéquats.

En Hongrie, le Premier Ministre Viktor Orban veut instaurer une réforme visant à interdire les changements d’état civil, utilisant la loi créée dans le cadre de lutte contre le coronavirus, lui donnant un pouvoir quasi absolu.

Cette journée c’est aussi un moment de revendications et d’initiatives.

Comme lors de toute crise, le pire s’exprime parfois, mais c’est surtout le meilleure sur lequel nous devons nous attarder. Nous avons pu voir des moments de solidarité, d’entraide, de travail en équipe… Associations, commerçants ou même simple citoyens, de nombreuses personnes se sont mobilisées envers les plus fragiles, qu’ils soient LGBTI+ ou non.

Dans cette dynamique, plusieurs initiatives ont été impulsées cette année pour montrer notre solidarité. Par exemple la Fédération des Centres LGBTI+ lance une campagne en ligne #MaFiertéContreLaHaine, invitant chacun et chacune à respecter et faire respecter les lois contre l’homophobie et la transphobie sur Internet et sur les médias sociaux dont le rôle de lien social s’est trouvé renforcé par plusieurs semaines de confinement.

Et pour ce 17 mai, la fédération LGBTI+, tout comme l’association Contact, appellent à renforcer notre visibilité en affichant, partout où c’est possible, nos couleurs arc-en-ciel aux fenêtres.

Concernant Bordeaux, l’équipe du Girofard propose une action de visibilisation de nos communautés sous forme numérique. Avec les hashtag #17maibordeaux2020 et #17maisolidaire, avec lesquels nous pouvons partager des créations artistiques, quel qu’en soit le type, en soutien à des personnes, des associations, à nous toutes et tous.

L’après confinement ne met pas fin à l’urgence, beaucoup de jeunes ont appelés le Refuge parce que leurs parents les avaient prévenu qu’ils devraient partir dès la fin du confinement. Et une solution doit être trouvée pour les jeunes qui ont été hébergés en hôtel.

La crise sanitaire que nous traversons ne doit pas non plus nous en faire oublier une autre qui dure depuis trop longtemps : le VIH et les IST touchent toujours fortement les personnes LGBTI+. La fin du confinement et la faible activité sexuelle qui a accompagné cette période en fait le moment idéal pour effectuer des dépistages. Il suffit d’en parler à son médecin, se rendre au CeGIDD (Centre anonyme et gratuit) ou encore contacter AIDES Gironde qui pourra remettre en main propre ou par la Poste des autotests. Enfin, n‘oublions pas que tout le monde ne va pas pouvoir profiter de la même manière du déconfinement. Nombres d’entre nous, plus fragiles, que ce soit en raison de problème de santé ou plus simplement de l’âge, vont devoir continuer à éviter au maximum les contacts avec les autres. Ne les oublions pas, et essayons, par des moyens innovants, de garder le contact avec eux.

Nos vies continuent et les combats que nous menions déjà doivent continuer !

Nous demandons au gouvernement d’avancer sur la  loi de la bioéthique autorisant la PMA pour toutes et de ne pas profiter de la situation pour l’oublier. Autant les couples hétérosexuels pourront reprendre leurs parcours mais les femmes lesbiennes ou seules se retrouvent actuellement bloquées par la fermeture des frontières et les diverses mesures qui accompagnent les changements de pays.

Nous avons obtenu de pouvoir changer nos prénoms en mairie lorsque nous sommes trans, mais le changement d’état civil reste un parcours du combattant, chronophage et épuisant mentalement. Nous voulons que celui-ci soit aussi possible en mairie !

Il faut que la transidentité se normalise. Oui, c’est un changement important dans la vie des personnes, mais ces changements ne doivent pas forcément être psychiatrisés et médicalisés. Peut-être pourrions-nous ouvrir la voie de l’auto-diagnostic avec consentement éclairé, une façon d’être autonome mais renseigné.e et averti.e, moyen de transition déjà utilisé dans certains pays.

Nous devons avoir le choix de prendre ou non des hormones, et de souhaiter ou non effectuer des chirurgies, quelles qu’elles soient, finalement de faire ce que l’on veut de nos corps, indépendamment de notre identité et de notre transidentité.

Pour que la lutte contre les LGBTQI+ phobies  ait droit de cité, Parlons-en tous les jours, partout et restons tous et toutes mobilisé-é-s … Et surtout… Soyons fier-e-s !

 

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